EXPOSITION
« Les Amicalistes ont du Talent »
dans le cadre du centenaire de la Ligue de l’Enseignement –
samedi 07 juin 2008
Discours de Jean-Paul Dalary
Je vous remercie de votre présence qui honore cette exposition réalisée dans le cadre du centenaire de la Ligue de l’Enseignement dans la Loire, constituée quelques années après la création de la Ligue de l’Enseignement nationale en 1866 par Jean MACE, journaliste et professeur.
Je voudrais profiter de cette occasion pour faire un historique plus bref que possible de la Ligue de l’Enseignement qui connut bien des vicissitudes...aux périodes prospères, fastes se sont trop souvent succédées les zones d’ombre.
Le 25 août 1866, Jean Macé donc, lance dans le journal « l’opinion national » un appel au rassemblement de tous ceux qui désirent contribuer à l’enseignement du peuple. Il considère que, pour garantir la démocratie « l’éducation au suffrage universel » est indispensable et souhaite donc créer une Ligue de l’Enseignement. C’est lui qui dira : « il vaut mieux faire des électeurs que des élections » et le 15 novembre 1866, Jean Macé annonce officiellement la naissance de la Ligue française de l’Enseignement. Un an plus tard, la ligue compte 5 000 membres répartis dans 72 départements. Un succès énorme à l’époque où aucune force syndicale ou politique n’existe.
Dignes héritiers de 1789, les 1er membres de la Ligue agissent pour l’éducation populaire en créant des bibliothèques, des cours publics, des sociétés ouvrières d’instruction, des centres d’enseignement pour les jeunes filles, tout en revendiquant le prise en charge par l’Etat de l’instruction publique ouverte à tous.
La république a été proclamée en 1870.
La pétition pour une « instruction gratuite, obligatoire et laïque » qu’a lancé la Ligue un an auparavant est une réussite : 1,3 million de signatures sont déposées à l’Assemblée Nationale.
Aristocrates et grands propriétaires réagissent et constituent une contre ligue interdisant l’embauche de gens capables de lire.
Des lois scolaires sont votées : le 16 juin 1881, l’école devient gratuite, le 28 mars 1882, l’école devient obligatoire et laïque.
En 1894, avec l’aide des républicains, le Ligue développe les œuvres post et périscolaires sur l’ensemble du territoire. Des conférences parcourent la France pour expliquer le rôle de l’éducation : 600 000 conférences ont eu lieu cette année.
Le 1er juillet 1901, les républicains votent la loi sur les associations, à l’élaboration de laquelle la Ligue a pris une part importante.
En 1905, la loi instaurant la séparation de l’Eglise et de l’Etat est votée.
Pendant la guerre de 14-18, la Ligue soutient « l’union sacrée » et organise de nombreuses actions au service du Pays. La Ligue évidemment, sortira diminuée dans ses effectifs et amoindrie dans son influence.
En 1925, dans certains départements, des associations laïques locales se regroupent en fédération.
Entre 1928 et 1939, dans une période où les activités de loisirs se développent particulièrement avec le Front Populaire, la Ligue décide de regrouper les activités de chaque secteur. Elle crée l’UFOLEP pour le cinéma en 1933, l’USEP activité physique dans le primaire en 1939.
A la veille de la 2ème guerre mondiale, la Ligue est une puissante organisation bénéficiant de la reconnaissance des pouvoirs publics et du syndicalisme. Reconnue d’utilité publique par un décret de 1930, la Ligue devient organisation para administrative dont nombre d’activités sont prises en charge dans le cadre d’un service public.
En avril 1942, le gouvernement de Vichy dissout la Ligue et confisque son patrimoine. La Ligue est alors dans la clandestinité. L’Amicale Laïque de Charlieu a connu le problème. C’était le temps de la chasse aux sorcières : le président d’alors étant membre du parti communiste, dû démissionner pour éviter la fermeture de l’Amicale. Mais l’histoire n’est malheureusement pas un enseignement.
Reconstituée à Alger, elle est agréée le 19 juillet 1944 par le gouvernement provisoire. Les fédérations peuvent alors se reconstituer.
En 1947, la quinzaine de l’école publique est créée. En 1959, la loi Debré accorde des subventions aux établissements privés pour une durée de 10 ans. Malgré une pétition de 11 millions de signatures et une importante manifestation, la loi est votée.
En 1970, le champ de préoccupation de la Ligue se déplace de l’école vers la cité. Elle réfléchit à l’articulation éducation – culture – société.
En 1981, la Ligue pense le moment venu de concrétiser son projet de regrouper loisirs, sport, formation professionnelle, culture, communication au sein d’un grand service public de l’éducation permanente. Mais ces secteurs sont devenus l’affaire d’appareils spécialisés il n’en sera rien.
Le projet du gouvernement de constituer un service public unifié et laïque de l’éducation populaire se heurte à une large opposition de l’opinion publique. Le gouvernement retire son projet de loi. C’est une défaite pour les laïques.
En 1986, la Ligue crée des cercles Condorcet dans de nombreux départements pour développer la réflexion et débat entre citoyens sur la démocratie (rappel des conférences …et celle du 13 juin à 19 h).
Ensuite en 1998, pour faire face aux difficultés sociales de plus en plus prononcées, elle décide de renforcer son action en direction de ceux et celles qui sont victimes de handicaps culturels, économiques et sociaux.
En 2000, la Ligue poursuit son combat pour l’école de tous et lance un appel « l’école que nous voulons » appel à s’unir pour débattre et agir.
Voilà donc brossé rapidement l’action et les objectifs de toujours de la Ligue de l’Enseignement qui restent plus que jamais d’actualité et que nous adoptons ici à l’Amicale laïque.
Je disais tout à l’heure que la Ligue a connu des périodes fastes, mais aussi d’autres qui l’étaient beaucoup moins. L’histoire montre que face à ceux qui avancent des idées émancipatrices pour l’homme, se dresse toujours une opposition toujours la même, venant toujours du même côté, c’est pourquoi la laïcité doit être un combat de tous les jours.
Aujourd’hui tout n’est pas réjouissant en ce qui concerne l’avenir des écoles, la laïcité, le « vivre ensemble », l’éducation populaire.
La laïcité est véritablement en danger et certaines attitudes et déclaration nous interpellent. La laïcité a été en effet balayée en un discours du chef de l’Etat au nom de la république française, au Vatican. Nommé chanoine honoraire de la basilique de Latran il a déclaré "l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur dans la transmission des valeurs". Au vu de ce qui se passe dans le monde où les intégrismes de toutes origines gagnent du terrain, on peut donc facilement imaginer où peut conduire ce genre de soumission dans notre pays.
Déjà l’exemple du droit à l’avortement et la tentation d’imposer le créationnisme ne sont que 2 exemples parmi d’autres. Quant à la radicalité du sacrifice il serait l’apanage des seuls religieux. Ainsi toutes celles et tous ceux qui dans l’histoire de notre pays se sont engagés, ont combattu jusqu’au sacrifice de leur vie pour l’idéal de justice, de liberté, voient leur lutte minimisée.
L’histoire et l’actualité présentes sont tragiquement pleine de tous les fanatismes qui se sont construits à partir de la volonté d’imposer un certain type de religion. La richesse de la laïcité est justement de ne pas s’immiscer dans cette volonté laissant chaque citoyen libre de sa propre réponse. De plus l’appel à l’intervention des religieux dans les banlieues, les institutions, les universités, marque une rupture profonde avec les principes fondamentaux de la laïcité républicaine. Ainsi les religions sont appelées à la rescousse de la politique ultra libérale qui accroît les inégalités et met à mal les solidarités. Ces discours, ces attitudes, sont donc bien contraire au préambule de notre constitution.
La laïcité défend les croyants, les athées, les agnostiques ou les indifférents. Elle n’est pas hostile aux religions, elle permet simplement d’avoir ou non une religion. Voilà pourquoi il faut, selon la formule de Jean Jaurès « laïcité gardée ».
Les déclarations et les décisions sur l’école nous interpellent aussi :
Pour nous l’école doit se traduire par le devoir de scolariser tous les enfants sur le territoire et le soutien aux enseignants qui au quotidien construisent l’intégration de tous les jeunes quel qu’ils soient, la situation de leurs parents, leurs origines, leurs opinions politique, philosophique et religieuse.
Le centenaire de la Ligue de l’Enseignement que nous fêtons, doit être pour nous le moyen de faire connaître, de faire vivre encore plus la laïcité, pour que la raison triomphe et reprenne tous ses droits et pour ouvrir bien grande la voie à une liberté absolue de conscience, une des garantie de l’égalité des droits de tous les citoyens dans une société multiculturelle. Il nous faut donc absolument trouver, dans une humanité plurielle, un vivre ensemble harmonieux et serein.
Mais le vivre ensemble implique plus de justice sociale, une égale dignité, une lutte contre toutes les formes de discrimination et le respect des convictions de chacun. Défendre ses convictions n’est pas imposer ses convictions. Le centenaire de la Ligue de l’Enseignement doit être aussi pour nous l’occasion de défendre, de développer notre action en faveur de l’éducation populaire.
L’éducation populaire permet à chacun de s’épanouir et de trouver la place de citoyen qui lui revient. Elle ne se limite pas à la diffusion de la culture académique, ni aux techniques, aux sports, aux activités ludiques.
L’éducation populaire est l’élément indispensable du « vivre ensemble ». Elle permet la confrontation des idées, elle permet d’échanger, dialoguer, accepter les convictions de chacun, de s’exprimer, d’écouter, de créer et la création n’est elle pas comme le disait Jean Cocteau « un don de l’avenir ». Vous aurez donc compris le sens et le pourquoi de cette exposition « les amicalistes ont du talent », illustre tout à fait ce qu’est l’éducation populaire.
Le talent est à prendre dans le sens où les gens ont simplement envie de faire quelque chose comme le disait Jacques Brel : « le talent n’existe pas, le talent c’est avoir envie de faire quelque chose ». Si simplement on disposait de plus de temps, travailler moins pour se cultiver plus, pour s’enrichir davantage humainement parlant, voilà une idée qui serait bonne.
Enfin, je voudrais rappeler l’effort de l’Amicale Laïque pour aider de son mieux à l’épanouissement de tous : expositions, conférences, soirées cabaret à thème, regroupés sur un programme et l’activité sportive « faire du sport autrement » le tout géré par des bénévoles dévoués et compétents, sans eux rien ici ne serait. L’Amicale Laïque a toujours été dans la dynamique de la Ligue de l’Enseignement.
Je voudrais remercier l’ensemble du bureau et Daniel Veau, Rémy Corneloup pour leur gros investissement dans l’organisation de cette soirée, je vous laisse la surprise pour la suite…
L’éducation populaire c’est aussi l’activité sportive, et je voudrais saluer les performances des boulistes qualifiés au championnat de France UFOLEP et FFB, les haltérophiles dont certains sont champions de France, et le basket avec la victoire en finale hier de l’équipe 5 et peut être ce soir avec les féminines qui disputeront la finale à Roanne.
Il est donc permis avec la Ligue de l’Enseignement de « rêver encore » et il y a bel et bien un « avenir pour l’éducation populaire ». Je voudrais finir par cette phrase d’un poète : « si nous voulons enrichir l’avenir, il faut tout donner au présent ».
Jean Paul DALARY
Président de l’Amicale Laïque
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